Hier c'est de l'histoire
Demain est un mystère
Aujourd'hui est un cadeau
C'est pourquoi on l'appelle Présent

Jdan Noritiov

 

On ne badine pas avec les sorciers

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On ne badine pas avec les sorciers

 

Camille Saint-Saëns - Danse macabre
Interprète : Angèle Dubeau et la Pietà

 

 

Il fut un temps où une personne soupçonnée de sorcellerie était envoyée sur le bûcher sans jugement. Ce temps ne fut pas si loin des cas ci-dessous, sans doute que certains sorciers ont été brulés après cette époque. Très peu d'histoires de sorcières ont marqué le passé québécois, les archives historiques ne conservent qu'un très petit nombre de mentions de sorcellerie ayant mené à des condamnations à mort.

Monseigneur de Saint-Vallier avait défini les gestes licites par l’Église pour faire fuir le Malin, les méthodes non orthodoxes relevaient donc de la superstition, de la magie et de la sorcellerie mais la limite entre les deux était floue !

Le clergé avait d'autres préoccupations que celles que de surveiller les pratiques peu chrétiennes de ces hommes et femmes qui n'étaient en fait que des guérisseurs mettant leurs connaissances en herboristerie au service de la communauté. Une certaine Anne la Marque aurait pratiqué de la sorte vers l'an 1680 dans la région de Saint-Jean-Port-Joli. Les pratiques autochtones transmises aux blancs sont quelque peu citées dans l'histoire québécoise.

Daniel Vuil excommunié et exécuté


(Image source : Portail des collections des musées de France)

À Québec en 1661, Daniel Vuil fut excommunié et exécuté suite au récit d’une jeune fille nommée Barbe Haley qui se plaignait qu’il la harcelait de démons, ceci se passait pendant une épidémie de coqueluche dans la colonie, on disait que les sorciers avaient empoisonné l’air. Mais si l'on regarde de près sa condamnation à mort, elle était plutôt liée au fait qu'il se livrait au trafic d'eau-de-vie (*) avec les autochtones.

Monseigneur de Laval croyait à la culpabilité de Vuil, c'est du moins ce qui ressort du titre des documents qu'il envoya en France à ce sujet :
1. de l'infestation diabolique qui a suivi Barbe Haley, et de Daniel Vuil accusé de sortilège.
2. Par quelles marques on a reconnu l'infestation diabolique.
5. Permission de faire publier monitoire contre Daniel Vuil et autres sorciers, du 18 février 1661.
10. Sentence provisoire contre Daniel Vuil de l'onzième mars 1661.
12. Ordonnance du 12e mars publiée à l'Église le 13e par laquelle il est défendu de conserver avec Daniel Vuil.
13. Preuves contre Daniel Vuil accusé de sortilège.
17. Proposition contre les sorciers.

Il fut finalement « arquebuzé » à Québec le 7 octobre 1661 pour avoir traité illégalement de l’eau-de-vie avec les Indiens.
(*) La traite de l’eau-de-vie avait toujours été interdite en Nouvelle-France. Mais, depuis l’arrivée de Monseigneur de Laval, l’Église et l’État avaient uni leurs efforts pour mettre fin à cette pratique commerciale.
Source : Les pratiques de dévotion en Nouvelle-France

 

René Besnard emprisonné et exilé


(Image - aiguillettes : cordonnets ferrés aux deux bouts, servant à attacher la braguette aux hauts-de-chausses)

Le 12 août 1657, Pierre Gadois épousait Marie Pontonnier, le père Claude Pijart bénit l’union et prononça le traditionnel « nulloque legitimo impedimento detecto ». Mais il y eut un empêchement. Mlle Pontonnier avait préféré Gadois à un autre prétendant. L’amoureux évincé, qui se nommait René Besnard dit Bourjoly, caporal dans la garnison de Ville-Marie, proclama que l’union demeurerait stérile. Comme l’épouse n’était pas encore enceinte après un an de mariage, on accusa Besnard d’avoir causé l’impuissance du mari par des paroles incantatoires prononcées sur un cordon noué trois fois (le nouement de l’aiguillette).
À la suite des plaintes que portèrent les époux lésés et d’autres personnes, on convoqua, en novembre 1658, une commission seigneuriale qui devait enquêter sur les accusations de sorcellerie formulées contre René Besnard. L’accusé nia avoir pratiqué la sorcellerie, bien qu’il prétendît que la femme de Gadois lui avait promis ses faveurs s’il consentait à reconnaître avoir jeté un sort et à rompre le maléfice. Confronté avec des témoins devant qui il s’était vanté publiquement mais à demi-mots de « scavoir Nouer lesguillette », Besnard répliqua qu’il voulait alors parler des cordons de ses chausses. Le sieur de Chomedey de Maisonneuve, qui faisait office de magistrat, envoya le caporal en prison et, par la suite, l’exila.
Source : R.-L. Séguin, La sorcellerie au Canada français du XVIIe au XIXe siècle

François-Charles Havard de Beaufort envoyé aux galères

François-Charles Havard de Beaufort, dit L’Avocat était un faux sorcier, il se servait de ses talents de beau parleur et d’amuseur public pour abuser de la naïveté des gens et de se faire de l’argent. Là où Beaufort s'est fait remarqué à Montréal c’est qu’il a plusieurs fois essayé d’identifier des voleurs lors de scènes montées de toute pièce en utilisant des miroirs, chandelles, poudre à tirer, huile de vipère, crucifix et livre de prière. Il plongeait la pièce dans le noir en récitant des prières en latin et le visage du voleur devait se dessiner sur le miroir. À chaque fois ce fut un échec, Beaufort disait qu’il était incapable de faire apparaître le visage.
La nouvelle de cette séance de sorcellerie se répandit Montréal et finit par parvenir aux oreilles de la justice. Le 29 juin 1742 les autorités judiciaires faisaient emprisonner Havard de Beaufort ainsi que ses acolytes : Charles Lanoue, Charles Robidoux et sa femme Anne Lehoux, tous trois accusés de complicité. Beaufort était accusé d’« avoir profané les paroles du Nouveau Testament ainsi que la Représentation de Jésus Christ crucifié, en faisant servir l’un et l’autre à des pronostications et autres usages profanes et illicites ».
Le 13 août 1742, après un procès d’un mois et demi, l’accusé fut trouvé coupable de « profanations de choses saintes » et condamné à passer cinq ans sur les galères du roi et d’être exposé devant la porte principale de l’église Notre-Dame en portant deux écriteaux  de l’objet de sa condamnation, l’un sur son dos, l’autre sur sa poitrine.
Le 17 septembre 1742, la cour d’appel maintint les verdicts de culpabilité du tribunal mais elle diminua la sévérité des peines en réduisant le temps de service sur les galères du roi de cinq à trois ans, mais elle ajouta la peine du fouet.
François-Charles Havard de Beaufort passa en France sur le vaisseau du roi à l’automne de 1742 pour y être embarqué sur les galères du roi. Sa trace sera perdue par la suite.
Sources : Documents de la juridiction de Montréal, XVII, août 1742. Revue canadienne - Volume 7

Quelques plaintes sans grandes conséquences

(Image : condamnation d'une sorcière à Salem)


1. Enregistrement d’une ordonnance de Jacques Raudot, conseiller du Roi en ses conseils, intendant de justice, police et finance en Nouvelle-France, au sujet de plaintes portées par François Baribault (Baribeau) et sa femme, en quoi François Dessureaux, Jean Dessureaux et Jean Baril font difficulté de consentir au mariage de Pierre Baribault avec leur soeur, accusant la femme dudit François Baribault d’être une sorcière, pourtant reconnue par les curés de Batiscan où elle demeure et par tous les autres gens de bien pour une honnête femme et bonne chrétienne, les sieurs Dupré, curé de Batiscan, et Boy (Bois), à présent curé dudit lieu et le père Raffeix, procureur des Révérends Pères Jésuites, seigneurs dudit lieu, ont informé de la bonne conduite de cette femme; il est alors fait défense à toute personne de quelque qualité et condition qu’elle soit de faire aucun reproche à ladite femme Baribault, à son mari et ses enfants, sous peine de 20 livres d’amende contre tous ceux qui leur feraient de pareils reproches, ladite amende étant applicable à la fabrique de la paroisse de Batiscan; l’ordonnance est mandée et faite à Québec le 29 juillet 1708, signée Raudot et, au bas, est écrit par monseigneur L’Ambert (Lambert), et l’enregistrement a été écrit par le greffier Pottier (Pothier) le 13 juillet 1708 . - 13 août 1708 (Source BAnQ)

2. Requête de Gilles du Pont (Dupont), habitant de l'Arbre-à-la-Croix, demandeur et complaignant, contre Martin Foisy, habitant dudit lieu, défendeur, demandant une réparation car ledit demandeur l'aurait traité de sorcier et qu'il aurait dit, en présence d'un témoin, qu'il avait fait mourir la femme dudit Foisy; le défendeur dit qu'il le reconnaît comme homme de bien depuis au moins 10 ans; avons mis les parties hors de cour et de procès et il est ordonné, à la diligence du procureur du Roi, que la présente sera lue, publiée et affichée à la porte de l'église de Champlain à l'issue de messe paroissiale et avons défendu, audit Foisy, de faire du tort audit du Pont sous peine de punition corporelle et de réparation, ledit Foisy est condamné à payer 40 sols pour dommages et intérêts audit du Pont et les dépens modérés à 6 livres et 10 sols, signé Boyvinet (Boivinet) . - 2 août 1677 (Source BAnQ)

3. Report de la sentence du juge prévôt Paul-Antoine-François Lanouillier (Lanoullier), sieur Desgrandes (Desgranges), dans la cause opposant Jean Merdieu (Mérieu) dit Bourbon, habitant de la jeune Lorette (Nouvelle-Lorette), à Pierre Falardeau, aussi habitant dudit lieu, et à sa femme Marie-Agnès Fluet, ledit Merdieu (Mérieu) accusant les défendeurs de l'avoir injurié en le traitant de sorcier, et ordonnance à l'effet que les dénommés Fréchet (Frichet) et Massé soient assignés à comparaître comme témoins dans cette affaire . - 16 juin 1757(Source BAnQ)

4. Requête de Louis David, soldat des troupes du détachement de la Marine, compagnie d'Esgly, logé en la maison du sieur Pierre Jourdain dit Belleroche, boucher de la ville de Québec, contre la femme dudit Jourdain pour atteinte à son honneur; ladite femme ayant raconté à plusieurs personnes que le suppliant était un «sorcier», entraînant ledit David à être calomnier et catégoriser comme un homme de mauvaises moeurs . - 21 juin 1712 (Source BAnQ)

 

Marie-Josephte Corriveau, dite La Corriveau


 


Née en 1733, Marie-Josepthe Corriveau épousa Charles Bouchard en 1749 avec qui elle eut trois enfants. Devenue veuve en 1760, Charles Bouchard fut trouvé mort avec du plomb fondu dans l'oreille, elle s'unit dès 1761 à Louis Dodier qui trouva aussi la mort (elle aurait, dit-on, tué son deuxième mari à coups de hache à la tête) dans la nuit du 26 au 27 janvier 1763.

Marie Josephte Corriveau est arrêtée et jugée en anglais par le tribunal militaire et injustement reconnue coupable d’avoir assassiné son deuxième mari.  Si le procès avait été équitable elle aurait bénéficié d’un non-lieu pour absence totale de preuve ou encore d’acquittement pour légitime défense compte tenu du fait que son mari la battait. Au lieu de cela elle est pendue et son corps est suspendu dans une cage de fer à Pointe Lévis pour servir d’exemple. Or, certains prétendirent alors que le corps avait disparu mystérieusement une nuit de pleine lune. On décrocha la cage seulement en mai après des demandes répétées des habitants de Lévis qui disaient entendre des plaintes, des grincements des crochets de fer de la cage et d'autres bruits nocturnes venant du carrefour. La légende venait de naître.

La cage de fer a été enterrée derrière l'église, et en 1840, lors de l'agrandissement du cimetière, on la retrouva avec quelques ossements. Elle fut vendue à l'impresario Barnum de New York. En juillet 2012, la cage a été retrouvée au Peabody Essex Museum à Salem, la ville des sorcières.

Article du Devoir daté du 1 août 2012

 

  Et vous, avez-vous des histoires de sorciers ?

 

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Commentaires   

 
0 #2 Hervé 17-07-2013 15:30
Citation en provenance du commentaire précédent de selma cayol :
Evocations interessantes de ces derives perverses de la religion pillier du pouvoir de certains sur la totalité des "autres". Il suffisait qu'une "fille de la bourgeoisie" un peu(beaucoup) hystérique se plaigne d'un homme ou un curé (ex. abbé gauffridy a marseille) et hop, la machine a tuer était en marche ...
l'intégrisme religieux et même la religion tout court est dangeureux !
bonne journée
selma

Ah la religion… mais je pense qu’il faut de se mettre dans le contexte de l’époque, c’est ce que j’ai noté au début de l’article ("...la limite était floue..."). Le Québec venait de mettre en place sa propre justice après que les religieux se soient imposés dans la vie courante. Les communications avec la France se faisaient par bateaux, le système seigneurial était le découpage administratif, les dangers étaient de partout (indiens, anglais), les légendes n’existaient pas encore dans ce pays tout neuf.
Je ne veux pas apporter de polémique mais je suis d’accord avec toi que l’intégrisme ne devrait plus exister.

Bonne journée à toi !
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0 #1 selma cayol 17-07-2013 10:01
Evocations interessantes de ces derives perverses de la religion pillier du pouvoir de certains sur la totalité des "autres". Il suffisait qu'une "fille de la bourgeoisie" un peu(beaucoup) hystérique se plaigne d'un homme ou un curé (ex. abbé gauffridy a marseille) et hop, la machine a tuer était en marche ...
l'intégrisme religieux et même la religion tout court est dangeureux !
bonne journée
selma
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