Hier c'est de l'histoire
Demain est un mystère
Aujourd'hui est un cadeau
C'est pourquoi on l'appelle Présent

Jdan Noritiov

 

Wellie Tardif, mécanicien de Val-Jalbert mis à la porte en 1927

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Wellie Tardif, mécanicien de Val-Jalbert mis à la porte en 1927




Liste des habitants de Val-Jalbert (Source 4)

 
J'ai passé mes vacances d'été au Saguenay-Lac-Saint-Jean et j'ai visité des sites que je ne connaissais pas encore. Celui qui m'a certainement le plus plu avec le musée Louis Hémon est le village historique de Val-Jalbert. On en ressort touché de l'histoire de ce village qui a connu ses heures de gloires ! J'ai rêvé qu'un de ses habitants de l'époque m'a parlé après avoir vu son nom sur une plaque (les noms des habitants de la rue St-Georges) , voici ce qu'il m'a dit :

 Wellie Tardif, Alice Larouche, une cousine et Thérèse Tardif * (Source 4)

" Salut,

J’m’appelle Wellie Tardif, en fait c’est William Thomas Tardif mon vrai nom, c’est comme ça que j’ai été baptisé, mais tout l’monde m’appelle Willy ou Wellie. C’est comme ça qu’mon boss m’appelle aussi, c’t’un bon gars qui m’aime bien.

Là, sur la photo, c’est moi, ma femme Alice, not’p’tite dernière Thérèse et la cousine d’ma blonde. La seule photo d’nous et sans doute la dernière ! On est endimanchés mais on n’a pas l’sourire ! Not' fils Jean-Paul est chez l'voisin, il a manqué la photo, ça lui apprendra d'courir partout et Roger ** dort dans la bassinette, il a à peine 6 mois.

On vient d’apprendre que la pulperie va fermer et ça arriv’ra c’te nuitte. Demain on n’a plus d’job, on est le 7 août 1927.

On reste à Val-Jalbert, c’est là qu’y a la pulperie d’papier, on appelle ça la pâte mécanique non transformée, qui sert à la fabrique des papiers à journaux de New-York. Mais on n’a pas su s’adapter, d’autres usines ont modernisé la fabrication de la pulpe et du papier, pas nous, not’boss trouvait ça trop cher. À Chicoutimi, la pulperie, elle, va continuer …

Je suis né le 24 mars 1894 à Hébertville, c'est à 25 miles d'icite on longeant le lac Saint-Jean, mes parents sont Delvas Tardif et Adèle Dufour, tous deux paysans. J'aimais pas travailler avec eux et mon père disait que ça rapportait pas !

Baptême de William Tardif - Registre d'Hébertville - 1894 (Source 1)

Mon père a lâché la ferme lorsqu'il entendu qu'à la fabrique de papier ça rapportait gros, y cherchait du monde, un agent d'la société est v'nu dans l'coin pour nous parler des avantages, il s'appelait Alfred Dubuc qui venait de racheter la pulperie à monsieur Damase Jalbert. Mon père voyait les liasses de billets déroulées dans les yeux du monsieur d'la fabrique, alors on est tous partis.

Une fois rendus sur place, mon père a été mis sur l'écorceur, pis moi trop jeune j'étais commis. Après qu'ques années je suis dev'nu mécanicien ! J'ai appris à faire fonctionner et réparer les machines sur le tas.
On travaille 6 jours semaine, 10 heures par jour, il y fait chaud dans le moulin, c'est bruyant et ça pue, mais ça rapporte, peu d'monde de la région peut dire de toucher autant que nous, 4 piastres par mois, c'est beaucoup.



Un écorcheur (Source 4)



Restes des turbines (Source 4)



Papiers originaux d'époque (Source 4)

J'ai rencontré Alice, la fille d'Alfred Gauthier dit Larouche, lui aussi d'la fabrique. En fait tout l'monde se connaissait à Val-Jalbert, le village n'est pas grand et la plupart des hommes travaillent au moulin. C'est la commère du village qu'a dit au curé qu'on s'fréquentait, sacrilège, y parait qu'on est dans l'pêcher. Le curé s'est pressé de nous marier, un mardi, l'curé n'était pas content, ça nous a permis d'avoir un jour de congé offert par la compagnie !



Le curé et la commère... (Source 4)

Mariage de Wellie Tardif et Alice Gaulthier dite Larouche - Registre de Val-Jalbert 1919 (Source 1)

Not' boss était bien généreux et pensait à nous. La compagnie avait fabriqué nos maisons au village, on était deux familles par maison, chacune de not'bord. Deux étages avec trois chambres, cuisine aménagée, eau courante et électricité, quel modernisme. L'électricité venait du moulin, la chute de la rivière Ouiatchouan est assez forte pour ça.

Moi j'ai eu ma maison en 1921, on payait un loyer de deux piastres par mois, la moitié d'notre salaire. Quand Jean-Paul et Thérèse sont nés on a eu besoin de plus grand, alors on a déménagé à quelques maisons plus loin, de plus on avait une terre en pâturage. Mais on entendait le grondement de la chute plus fort. On s'habitue avec le temps, mais ce grondement est omniprésent dans nos têtes. On reste sur la rue St-Georges.

Val-Jalbert - Recensement Canada 1921 (Source 1)

William Tardif en repère 18 - Plan de Val-Jalbert en 1924 (Source 4)

Les enfants vont à l'école du village, elle aussi construite par la compagnie, une belle école tenue par des religieuses. Nos enfants sont bien éduqués. On a tous les besoins sur place : le boucher et le magasin général.

École de Val-Jalbert (Source 4)

En 1923 mon frère Ovila a eu un accident mortel alors qu’il chargeait les meules, il n'avait que 31 ans. C'est aussi en 1924 que les affaires de la fabrique ont commencé à mal tourner ! On n'était pas assez productif et on ne faisait que de la pulpe et non pas du papier. Il y a eu des mises à pieds, puis la compagnie Québec Pulp and Paper Mills a tout racheté. Je suis resté parce que je savais réparer les machines, une chance !

Aujourd'hui faut s'faire une raison, le curé va sonner la cloche à minuit pour annoncer la fin du moulin. Demain on va plier bagages et s'en aller à Chicoutimi, il y a de grands chances que j'y trouve une job à la pulperie. *** "

 

 

Val-Jalbert - Image SEPAQ (Source 4)


Les personnages de cette histoire sont réels, ainsi que les faits (source 3) et les mentions. Je vous suggère de visiter les lieux, c'est un petit bout d'histoire du Québec comme tant d'autres qui méritent un détour. Visitez le site internet de Val-Jalbert pour vous faire une idée, et surtout le document historique (source 3) relatant toutes les informations historiques.

* Non, ce n'est pas la famille Tardif, mais moi avec ma famille, photo mise en scène prise sur place à Val-Jalbert.
** Roger Tardif.
*** Ceci est une supposition, Wellie n'apparait plus dans les registres ni documents de Val-Jalbert après août 1927 et tous ses descendants se trouvent à Chicoutimi peu de temps après 1927.

Sources :

1. Ancestry.ca

2. Le site de Val-Jalbert

3. Histoire de Val-Jalbert

4. Photos personnelles.

Article connexe paru dans LA PRESSE .CA le 13 septembre 2013.

  Et vous, avez-vous visité le village historique de Val-Jalbert ?

 

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Commentaires   

 
0#Hélène21-02-2014 17:48
On s'entend que cette courte histoire n'a que pour seul but de raconter un lieu éphémère, qui a eu un impact majeur de la région Saguenay-Lac-St-Jean. Wellie Tardif est un de ses véritables acteurs, comme tant d'autres comme lui j'aurai pu en choisir un autre personnage avec autant de sources et de références mais avec d'autres nuances en fonction de ce que j'aurai trouvé sur lui et sa famille, comme par exemple un décès d'enfant en bas âge, la narration aurait été probablement différente. Qu'en penses-tu ?

Oui, le ton aurait été beaucoup moins léger...
Sinon, je comprends et respecte tout à fait ton point de vue. Je ne parlerais pas d'un différend entre nous, simplement d'une différence. Différence d'affinité, de goût, de tempérament peut-être.

En tout cas, l'essentiel est là, quel que soit d'ailleurs le style du texte : "Il faut que le lecteur comprenne bien les mises en situation et puisse faire sa propre interprétation"
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0#Hervé19-02-2014 21:08
Citation en provenance du commentaire précédent de Franck :
Bonjour,

Comme toujours, tu me fais rêver Hervé, que j'aimerais avoir ta richesse de plume pour écrire mes propres histoires de généalogie.

Je ne connais pas Le Québec et encore moins le Canada, cela manque à mon palmares, mais tes histoires me donnent envie d'y aller un jour, tout autant que la chanson Québéco-Canadienne, ses interprètes, que j'adore en particulier.

L'homme et le musicien que je crois être, admire le fait de garder et faire revivre vos traditions qui sont aussi un peu les nôtres (racines picto-charentaises)

Et pourquoi pas, aussi répondre aux invitations des natifs amis ?

Ferais-je grand saut un jour, Chi lo sa, comme disent les italiens.

Continue à me raconter,c'est aussi captivant que les histoires que j'entendais dans les veillées de mon enfance

Amicalement

Franck
Merci Franck !
Je ne sais pas si j'ai une plume mais ce lieu m'a inspiré. Outre le fait que je prenne la place d'un acteur de cette histoire qui m'a d'ailleurs amusée, mon seul but ici est bien de raconter en quelques mots ce lieu qui a fait rêver la région, et crois-moi, lorsque tu le visites, tu n'en sors pas indifférent. Je te souhaite de le visiter un de ces jours !
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0#Hervé19-02-2014 21:04
Citation en provenance du commentaire précédent de Hélène :
... Je ne connais pas René Forget. "Quelle est la justesse de ses écrits lorsqu'il fait parler ses personnages ?" C'est LA question, et toute la différence entre justesse et vérité.

Toute la différence aussi entre roman historique et livre d'histoire. Par affinités, je penche vers le second, un genre qui propose toute une variété d'écritures. Actuellement, des historiens essaient de donner plus de place au récit tout en conservant la "scientificité" de leurs écrits....
Hélène, voila donc notre différent : je suis plus du côté roman historique (le rêve) ! Mais je ne considère pas cela comme une erreur (ou un écart) car cela n'enlève en rien la scientificité (véracité) des écrits car les événements et les faits sont respectés, du moins pour ma part. Après tout, chaque être humain a ses bons jours et ses mauvais. Parler à la place de quelqu'un d'autre sous un bon jour, ou un mauvais jour, dépend du ou des faits associés. Il faut que le lecteur comprenne bien les mises en situation et puisse faire sa propre interprétation.

On s'entend que cette courte histoire n'a que pour seul but de raconter un lieu éphémère, qui a eu un impact majeur de la région Saguenay-Lac-St-Jean. Wellie Tardif est un de ses véritables acteurs, comme tant d'autres comme lui j'aurai pu en choisir un autre personnage avec autant de sources et de références mais avec d'autres nuances en fonction de ce que j'aurai trouvé sur lui et sa famille, comme par exemple un décès d'enfant en bas âge, la narration aurait été probablement différente. Qu'en penses-tu ?
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0#Franck17-02-2014 00:55
Bonjour,

Comme toujours, tu me fais rêver Hervé, que j'aimerais avoir ta richesse de plume pour écrire mes propres histoires de généalogie.

Je ne connais pas Le Québec et encore moins le Canada, cela manque à mon palmares, mais tes histoires me donnent envie d'y aller un jour, tout autant que la chanson Québéco-Canadienne, ses interprètes, que j'adore en particulier.

L'homme et le musicien que je crois être, admire le fait de garder et faire revivre vos traditions qui sont aussi un peu les nôtres (racines picto-charentaises)

Et pourquoi pas, aussi répondre aux invitations des natifs amis ?

Ferais-je grand saut un jour, Chi lo sa, comme disent les italiens.

Continue à me raconter,c'est aussi captivant que les histoires que j'entendais dans les veillées de mon enfance

Amicalement

Franck
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0#Hélène16-02-2014 15:00
Tout d'abord, qui peut juger, de quel droit et selon quels critères, de ce qui est une "erreur" ou pas ? C'est un choix, auquel on est favorable ou pas, et c'est bien tout !

J'ai en effet vu que tu prenais toutes les précautions utiles en début et en fin d'article (très bien trouvée d'ailleurs, l'idée du rêve) et compris que tu avais respecté les faits avec rigueur.

Je ne connais pas René Forget. "Quelle est la justesse de ses écrits lorsqu'il fait parler ses personnages ?" C'est LA question, et toute la différence entre justesse et vérité.

Toute la différence aussi entre roman historique et livre d'histoire. Par affinités, je penche vers le second, un genre qui propose toute une variété d'écritures. Actuellement, des historiens essaient de donner plus de place au récit tout en conservant la "scientificité" de leurs écrits.

Côté généalogie, je citerais Jean Delay, qui n'est ni dans le roman ni dans le BMS
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0#Hervé15-02-2014 19:26
Citation en provenance du commentaire précédent de Hélène :
Eh bien contre toute attente, je le trouve très chouette ce petit exercice de storytelling (au sens littéral du terme) !

Cela dit, ça n'enlève pas mes réserves : dans ce genre, on frôle toujours plus ou moins avec la fiction. Est-on certain que Wellie pensait et parlait vraiment comme cela ? Par ex : "J'aimais pas travailler avec eux et mon père disait que ça rapportait pas !"
"Not' boss était bien généreux et pensait à nous" : Wellie détestait peut-être son boss !

Se mettre dans le cerveau d'une personne est impossible (même si on la connaît bien...)
Autre ex : le montage photo et "Not' fils Jean-Paul est chez l'voisin"

Même si les faits principaux sont réels, il y a forcément une part de construction et d'imagination. C'est très sympa à écrire et à lire (NB : ça peut aussi être complètement raté, même si, je le redis, ce n'est pas du tout le cas ici) mais ne trahit-on pas la réalité et les personnes ?
Hélène,
Merci pour ton commentaire que je n'attendais pas.

Bien, entre le lieu qui soit réel, les personnages les sont aussi, les événements et autres détails, cette histoire est très proche de la réalité ! Les gens de la région ont tout quitté : leur ferme, leur famille, etc. pour rejoindre cette industrie ("J'aimais pas travailler avec eux et mon père disait que ça rapportait pas !"). Le modernisme et la paye était l'appât. Il a pu détester son boss en effet, cela n'empêchait pas qu'il était généreux envers ses travailleurs, c'est prouvé et raconté sur le site ! De combien cette histoire est vraie ? de 90 à 95% ?
Connais-tu René Forget ? écrivain québécois, il a écrit la saga d'Eugénie http://www.librairiepantoute.com/recherche.asp?argu=FORGET,%20RENE&cSimple=true en 8 tomes (550 pages par tome), c'est l'histoire et la généalogie de son ancêtre, quelle en est la justesse de ses écrits lorsqu'il fait parler ses personnages ?
Je précise bien au début de mon article : J'ai rêvé qu'un de ses habitants de l'époque m'a parlé... et en fin Les personnages de cette histoire sont réels, ainsi que les faits (source 3) et les mentions.
Si sortir des sentiers battus de la généalogie, c'est à dire écrire autre chose qu'un article insipide et ennuyant sur un baptême, un mariage et un décès, est une erreur pour certain, il ne l'est pas pour moi
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0#Hélène15-02-2014 11:17
Eh bien contre toute attente, je le trouve très chouette ce petit exercice de storytelling (au sens littéral du terme) !

Cela dit, ça n'enlève pas mes réserves : dans ce genre, on frôle toujours plus ou moins avec la fiction. Est-on certain que Wellie pensait et parlait vraiment comme cela ? Par ex : "J'aimais pas travailler avec eux et mon père disait que ça rapportait pas !"
"Not' boss était bien généreux et pensait à nous" : Wellie détestait peut-être son boss !

Se mettre dans le cerveau d'une personne est impossible (même si on la connaît bien...)
Autre ex : le montage photo et "Not' fils Jean-Paul est chez l'voisin"

Même si les faits principaux sont réels, il y a forcément une part de construction et d'imagination. C'est très sympa à écrire et à lire (NB : ça peut aussi être complètement raté, même si, je le redis, ce n'est pas du tout le cas ici) mais ne trahit-on pas la réalité et les personnes ?
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0#Hervé10-09-2013 21:04
Citation en provenance du commentaire précédent de Nicolas :
Superbe article Hervé, ça donne le goût d'aller voir comment vivaient ces gens, ça m'a l'air particulier d'être aussi modernes et bien organisés pour l'époque, dommage que la compagnie n'a pas su se moderniser aussi vite pour affronter la concurrence !

L'idée de faire parler un de ses habitants est géniale, une histoire vivante , on s'y croirait ! Bien rare sur les blogs en général ;)

Merci Nicolas !
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0#Nicolas06-09-2013 20:46
Superbe article Hervé, ça donne le goût d'aller voir comment vivaient ces gens, ça m'a l'air particulier d'être aussi modernes et bien organisés pour l'époque, dommage que la compagnie n'a pas su se moderniser aussi vite pour affronter la concurrence !

L'idée de faire parler un de ses habitants est géniale, une histoire vivante , on s'y croirait ! Bien rare sur les blogs en général ;)
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