Hier c'est de l'histoire
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C'est pourquoi on l'appelle Présent

Jdan Noritiov

 

Bernard Huet, émigré français à Londres

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Bernard Huet, émigré français à Londres

 

 


Prologue

 

 

La révolution française a apporté son lot d'émigrés vers des pays amis ou neutres comme la Suisse, l'Allemagne ou l'Angleterre. Ces pays ont pris en charge ces réfugiés en leur donnant le minimum vital comme une pension ou un logement. L'immigration a commencé avant la chute du royaume et s'est poursuivie jusqu’après 1800.

Les royalistes se trouvant sur le sol français et ceux qui portaient les armes contre la Convention nationale étaient par défaut des traitres de la patrie, tous condamnables à la peine capitale sans véritablement de jugement et ce dans les vingt-quatre heures après leur capture.

Le 23 octobre 1792, lors de la discussion ouverte de la Convention nationale, Buzot suggère aux membres siégeant (Danton, Piéton, de Saintes, Gautier et Kersaint) de bannir les actuels et les futurs émigrés ainsi que de les soumettre à la peine capitale dès lors qu'ils remettent les pieds sur le sol français. La proposition de Buzot est décrétée sur le champ 1.

Le 5 mars 1794 : décret assimilant aux émigrés les personnes qui leur envoient de l’argent.

Le 21 juillet 1795 marqua une première fin des combats des royalistes (les Chouans) contre la République française. La bataille de Quiberon mit en jeu plusieurs milliers de combattants, les royalistes furent aidés par la marine anglaise sous le commandement de l'officier Sir John Borlase Warren mais les troupes républicaines sortent vainqueurs. Le sort des émigrés fut sévère, 757 émigrés furent condamnés à mort, dont Charles de Sombreuil, cependant la peine ne fut pas appliquée pour 3 hommes et 6 autres parvinrent à s'évader, 748 prisonniers furent effectivement exécutés. 80 autres prisonniers furent condamnés à des peines d'emprisonnement, les autres furent acquittés. Parmi les 748 prisonniers fusillés, se trouvait 627 émigrés ou ecclésiastiques et 121 Chouans 2.

Plusieurs journaux du Royaume-Uni rapportent les faits qui se sont passés entre les Chouans et les Républicains, les faits d'armes de la marine anglaise ainsi que son support à la bataille de Quiberon. Le Commandeur Sir John Borlase Warren quitta la zone de conflit avec une vingtaine d'émigrants, les laissant sur l'Ile de Houat 3. Il arriva le 19 septembre à Plymouth avec le HMS Dolphin cutter avec à son bord un royaliste ayant échappé à la tuerie.

 

Thursday 01 October 1795, Derby Mercury, Derbyshire, England

 

 

Londres, dernier trimestre de l'année 1797

 

Billet de Bernard Huet / Billet de 1 livre de la Banque d'Angleterre - 1798

 

Bernard Huet est un français âgé de 33 ans, il est le locataire de madame Jane Gibson au numéro 10 de Wardour-street proche d'Oxford-road à Londres. Il reçoit une rente offert par la bonne volonté du gouvernement anglais à cause de son statut d'émigrant rejeté par la Convention nationale française. Le jour du 24 octobre 1797, madame Gibson remet à Bernard Huet une lettre en provenance d'Altona proche d'Hambourg, de la part de son frère qui lui aussi a trouvé refuge dans un pays étranger. La lettre contient deux billets de la banque d'Angleterre pour un montant total de 30 livres.

Le 10 novembre, Bernard Huet déposa un billet en question à Thomas Shaw, un homme qui avait la gestion d'une table de jeu Le rouge et le Noir (jeu de cartes) à Leicester-fields, pour la somme de cinq livres, mais celui-ci découvrit que le billet était un faux.

Le jour suivant, la police se rendit chez Bernard Huet pour l'arrêter et saisit tous ses papiers. Il fut emmené au bureau de police de Bow-Street pour être mis en examen et son témoignage ne fut pas consigné par écrit. Il admit à plusieurs reprises qu'il avait trouvé un billet de vingt livres un soir qu'il passait à Leicester-square, plié dans une feuille de papier ressemblant à une lettre. Il dit qu'il avait passé le billet de vingt livres dans une maison de jeu à Suffolk-street, près de Charing-cross. Sur cette confession, il a été soumis à un examen plus approfondi.

Bernard Huet fut amené dans la prison Coldbath Fields, c'était une des plus vieilles prison de Londres, restaurée en 1794, dont ses prisonniers y furent placés pour un court terme suite à des affaires d'argent. Au cours de sa détention, l'agent qui a eu la garde de ses papiers les porta, par ordre du Procureur de la Banque, au prisonnier et a trouvé une demi-feuille de papier à lettre, qui pour lui, était le document qui avait enfermé les faux billets.

 

Cold Bath Fields Prison, 1798 - The British Postal Museum

 

Le 9 décembre, alors que le prisonnier fut en isolement, la propriétaire de la maison où il logeait, a donné aux policiers une lettre qui avait ce jour-là été reçue à sa maison venant du bureau de poste, adressée " A Mons . Huet, n ° 10, Wardour-street, Oxford-road " et qui, après avoir été ouverte par le procureur de la Banque, était datée de " Altona, le 22 Novembre 1797 " écrite en langue française de son frère. Elle contenait un billet de vingt-cinq livres, de fabrication identique à celle que le prisonnier a été inculpé, mais il n'y avait pas de nom d'inscrit. L'auteur de la lettre se plaignait de sa détresse profonde, de la négligence de ses amis et de ses ressources presque épuisées. La conclusion de la lettre fut :

" Je suis dans une telle misère qu'il n'y a rien que je n'entreprendrai pas, mais même si je suis convaincu que vous n'avez pas agi sincèrement vers moi, j'ai le sentiment d'avoir été dupé par vous. Vous trouverez ci-joint un billet de vingt-cinq livres. Rappelez-vous - soyez très prudent et avisé dans votre conduite, ne vous exposez pas à tirer le meilleur parti de celui-ci, quelle que soit votre situation, mais n'oubliez pas que je suis très malheureux et continuer à m'envoyer quelque chose. Prouvez-moi que vous avez le désir de me rendre service. J'espère que vous ne serez pas indisposé à cette réception de ma lettre et que vous allez me répondre aussi rapidement que possible. "

 

Le décembre 27, le prisonnier fut de nouveau porté à Bow-street pour un nouvel examen approfondi ; on lui a encore demandé comment il avait obtenu le billet tel qu'indiqué dans l'acte d'accusation, il a dit qu'il l'avait reçu dans une lettre de la part de son frère d'Altona ; la lettre fut parmi les papiers qui avait été saisis dans son logis. La lettre datée du 22 Novembre 1797 a ensuite été pliée.
On lui posa la question s'il connaissait l'écriture sur le dos de celle-ci, il répondit : " Oui " et à la question si c'était l'écriture de son frère, il répondit  " Oui " . Mais en étant de nouveau demandé la même question, après avoir ouvert la lettre et lu une partie de celle-ci, en particulier la conclusion, il fondit en larmes  et dit : " Non, je ne sais pas qui l'a écrite et elle ne m'est pas destinée ! " . Le contenu de cette lettre a été traduite en anglais par Elias Buzaglo, professeur de langue, jurant que c'était une traduction fidèle.

Bernard Huet est transféré à la prison de Newgate, c'était un lieu lugubre et malsain. Une trentaine de personnes sont mortes là chaque année. Les médecins ont souvent refusé d'y entrer et les gens longeant l'enceinte extérieure se bouchaient le nez 4. Elle est la plus ancienne et la plus célèbre des prisons importantes du XVIIIe siècle d'Angleterre.

 

Enregistrement des prisonniers 10

Huett Bernard - 5 feet 1, 33 years, Dark complex, Brown hair, Dark eyes, ... very much, France
Uttering a forged note to M Shaw

 

Cette affaire aurait pu rester un simple fait divers, voire même inconnu du publique. Seulement le cas de Bernard Huet n'est pas un cas isolé. La population anglaise est aussi sujette à la falsification de billets de banque car l'Angleterre connait aussi une économie chambranlante, son armée et ses colonies coûtent chères. D'autres émigrés français ont eu recours à ce moyen de subsistance mais il fallait les montrer du doigt car s'ils sont reconnus coupables de méfaits, ils sont passible de la peine de mort en vertu d'une loi de 1725 : Le crime de «mise en circulation», ou la circulation connue de faux billets, a également été classé comme un crime jugé digne de la peine capitale 5 . Cette loi fut révisée en 1773 ainsi : La copie du filigrane de billet de banque papier est punissable par la mort; il est également prévu que nul ne devrait graver des billets ou apposer les mots * Banque d'Angleterre * ou * Billet de Banque *, ou d'exprimer une somme en lettres blanches sur fond noir à la ressemblance de papier de banque, sous peine d'emprisonnement de six mois 6.

Les quotidiens anglais ne manquent pas de relater le cas de ces émigrés, et ils sont nombreux les quotidiens à en parler car les fautifs sont ils sont punissables de la peine de mort, du 25 au 28 novembre la publication apparait dans le Ipswich Journal (Suffolk), le Hampshire Chronicle (Hampshire), le Oxford Journal (Oxfordshire), le Gloucester Journal (Gloucestershire) et le Manchester Mercury (Greater Manchester) 7.

 

Oxford Journal - Saturday 25 November 1797

Traduction :

Les émigrés français en détention pour une accusation d'usage de faux billets de banque ont subit un examen et ont été emprisonnés. François Caignou, Jean de Bourbon, Marie Françoise, Joseph Maxime Dubourg, et Bernard Huet sont en garde à vue pour avoir émis des billets de banque contrefaits, sachant bien qu'ils soient ainsi, ont été mis en examen plus approfondi et ont subi un autre examen privé. Le contenu de la preuve contre eux est que pendant un certain temps, il a été soupçonné que les faux billets de banque ont été envoyés dans ce pays depuis Hambourg, et des marchandises anglaises ont été envoyées en retour, cette découverte vient des lettres trouvées sur les prisonniers. Les prisonniers ont été impliqués dans leur circulation, mais il est douteux que les éléments de preuve les incriminent car seules les initiales des noms sont inscrites sur les lettres. Les billets sont de 25L. et 30L. et sont extrêmement bien exécutés, un des prisonniers était un vicomte; il a reçu un demi-Guinée par une semaine par le gouvernement et vivait dans un élégant hébergement meublé, pour lequel il a payé un loyer très extravagant. Aucune preuve n'a été trouvée contre Dubourg, il sera envoyé à l'étranger dès que permis, dans le cadre du projet de loi des Étrangers. Ils ont été placés à la maison de correction de Cold Bath Fields, et personne ne doit souffrir de les voir.

 

 

 Le jugement de Bernard Huet

 

"The Old Bailey, Known Also as the Central Criminal Court", 1808. The Microcosm of London: or, London in Miniature (Volume 2 ed.) 

 

Le 14 février 1798, Bernard Huet est présenté à la Cour de Old Bailey devant le juge Ashurst, assisté de M. Baron Thompson et du juge Rooke, pour contrefaçon de billet de banque, tombant sous le coup d'une infraction royale 7.

Le Conseil pour la Couronne (l'attaque) a offert de donner une traduction au procès pour prouver que le prisonnier savait que le billet émis à Thomas Shaw était un faux, mais,
Le Conseil pour le prisonnier (la défense) a affirmé que cette lettre avait été présentée à l'accusé avant le jugement car elle a été livrée à son domicile qu'après avoir été près d'un mois en détention ; et que son admission que l'adresse de celle-ci était l'écriture de son frère, ne pouvait l'affecter à une connaissance ou à l'adoption du contenu, elle ne pouvait pas être lue en preuve contre lui ; un cas de même nature a été cité pour avoir eu lieu dans le procès de M. Horne, accusé de haute trahison, où la preuve de documents trouvée quelques jours après l'arrestation du prisonnier, dans l'écriture manuscrite de personnes en relation avec l'instigateur du complot, a été rejetée car il ne semble pas que les documents existaient avant l'arrestation du prisonnier ; et qu'il était impossible qu'une lettre arrivant longtemps après que le prisonnier avait été placé en détention, qui n'avait jamais été en sa possession, et qu'il n'avait jamais adopté un acte de sa part, mais qui était simplement l'acte d'un étranger résidant dans un pays étranger, et il n'est pas pas prouvé pour être en relation avec lui dans l'infraction reprochée, pourraient être apportées à l'affecter par une règle de droit.

La Cour a toutefois adopté la réception de la preuve et la traduction de la lettre a été lue en conséquence. Voici le déroulement de la séance 8 :


BERNARD HUET a été inculpé pour félonie et de contrefaçon, le 7 novembre, d'un billet de banque pour le paiement de 30L (L = Livre). avec l'intention de frauder le Gouverneur et la Compagnie de la Banque d'Angleterre.

Deuxième accusation : Pour falsifier de l'argent sous la forme d'un billet de banque, avec l'intention de s'en servir.

Troisième accusation : Pour falsifier un billet à ordre de valeur, avec l'intention de s'en servir.

Trois autres chefs d'accusation : Pour des infractions similaires, avec l'intention de frauder Thomas Shaw.

Trois autres chefs d'accusation : Pour des infractions similaires, avec l'intention de frauder William Cocksedge, et Charles Maitland, et

Trois autres chefs d'accusation : Pour avoir émis des billets et de les publier, comme étant vrai, les sachant faux.

(L'acte d'accusation a été dit par M. Giles, et le cas ouvert par M. Fielding).

(Le prisonnier étant un Français, un interprète assermenté lui a été offert).

THOMAS SHAW assermenté. - Interrogatoire par M. Knowlys.

Q. Connaissez-vous le prisonnier à la barre ? - R. Je l'ai souvent vu, pendant un mois avant que cette transaction se passe.

Q. L'avez-vous vu le 6 novembre ? - R. Je ne peux pas être particulièrement sûr si c'est le 6 ou le 7 Novembre ; je l'ai vu au n ° 3, Leicester-street, Leicester-fields.

Q. Avez-vous ce jour-là reçu un billet de banque du prisonnier? - R. Un billet de 30L.

Q. Est-ce le billet que vous avez reçu de lui ? - (Lui montrant un billet). - R. Oui.

Q. Comment savez-vous cela ? - R. J'ai écrit mon nom sur lui.

Q. Avez-vous reçu l'argent en échange de ce billet par quelqu'un ? - R. Oui; d'une personne au nom de King, qui garde le Red-lion dans Jermyn-street, le même jour.

Contre-interrogatoire par M. Knapp. Q. Vous n'êtes pas certain si c'était le 6 ou le 7 Novembre? - R. Je ne peux pas le dire.

Q. Vous êtes, peut-être, pas du tout certain du jour du mois ? - R. Je suis certain que c'était soit le 6, soit le 7 novembre.

Q. Vous gardez une maison qui est, nous comprenons, une maison de jeu ? - R. Non, je ne dis pas que je n'en avais pas.

Q. Mais vous en aviez une à ce moment-là ? - R. Oui, mais pas à la maison où le billet a été pris.

Q. Chez qui était-ce? - R. Chez Cocksedge.

Q. Étiez-vous là à jouer? - R. Non. J'ai secondé M. Maitland, qui était hors de la ville, pour voir si tout se passait correctement.

Q. Vous avez pris soin de la banque, peut-être? - R. Oui.

Q. Ce n'était pas une maison bancaire, je crois, mais une banque de Rouge et Noir ? - R. Je ne parle pas français.

Q. C'est une bonne affaire pour miser de l'argent ? - R. Oui.

Q. Avez-vous reçu beaucoup de billets à cette la banque ce jour-là ? - R. Non, pas tant de gros billets mais j'ai reçu un bon nombre de petits billets.

Q. Receviez-vous un compte comme gardien de la banque de la part du monsieur que vous avez représenté à cette occasion ? - R. Non, pas de billets en particulier.

Q. C'est une bonne affaire que d'assister à ce genre d'activité ? - R. Très peu.

Q. C'est agréable de faire ça, n'est-ce pas ? - R. Oui très.

Q. Outre les notes qui sont versées à la banque, je veux dire la banque que nous parlons, non pas de la Banque d'Angleterre, n' y a-t-il pas de paris à la table ? - R. Aucun, cela se passe uniquement sur la table, que je sache.

Q. Je veux dire les paris entre les différents individus qui sont parient et qui jouent ? - R. Non, pas que je sache.

Q. N'avez-vous jamais vu, selon votre connaissance, de transactions de cette sorte, des paris qui ont lieu entre individus à côté des tables de jeu ? - R. Je ne me rappelle pas une telle chose.

Q. Est-ce que vous jurez que cela n'a pas eu lieu selon votre connaissance ? - R. Je ne me souviens pas d'une chose de ce genre.

Q. Mon confrère vous a demandé si vous connaissiez ce billet, vous lui avez répondu que vous aviez mis votre nom sur lui ? - R. Certainement.

Q. Quand avez-vous mis votre nom sur lui ? - R. Dans la demi-heure ou l'heure; il n'a jamais été en ma possession à partir du moment de sa réception, jusqu'à ce que je le change.

Q. Qu'est-ce que vous avez fait avec lui quand vous l'avez reçu ? - R. Je le posa sur la table sous un plomb.

Q. Est-ce que vous jurez que ce n'était pas plus d'une heure ? - R. Je ne peux pas jurer de l'heure exacte, je pense que c'était dans l'heure.

Q. Combien de personnes y avait-il dans la salle en jeu ? - R. Je ne peux pas dire; il pouvait y avoir entre vingt et quarante.

Q. Est-ce que vous jurez qu'il n'y avait pas une cinquantaine de personnes là-bas? - R. Je ne peux jurer.

Q. Est-ce que tous les gens qui étaient dans la salle jouaient ? - R. Je suppose que non, il y avait souvent plusieurs spectateurs.

Q. Ceux qui étaient spectateurs se tenaient debout au tour de la table, n'est-ce pas? - R. Généralement oui.

Q. Étaient-elles principalement françaises ou anglaises ? - R. Ils étaient les deux.

Q. En tant que digne et gentilhomme, comme M. Maitland, je prends pour acquis que votre rôle a le même intérêt, c'est à dire prendre soin de la banque et piller les gens ? - R. Certainement.

Q. N'étiez-vous pas la personne à qui M. King appliqué, en respectant cette note, et de savoir quelles étaient les circonstances qui la fréquentent? - R. Certainement.

Q. Vous saviez, à moins que vous pouviez donner un compte de la possession de ce billet, que vous seriez susceptible d'être pendu avant l'heure ? - R. Certainement.


Q. C'était donc une bonne chose, vous le savez, de retirer la corde de votre propre cou, et d'inculper quelqu'un d'autre ? - R. Je n'accuse pas n'importe qui, mais la personne que j'ai retirée. Le prisonnier à la barre m'a demandé de donner le change pour un billet de 5L., et il m'a donné ce billet de 30L. Je le lui ai retourné et je lui ai dit, jeune homme, vous vous trompez, c'est un billet de 30L., et il l'a repris.

Q. Qu'est-ce que le prisonnier a répondu à cela? - R. Il n'a plus rien dit à partir de ce moment-là.

Q. A quel autre moment a-t-il dit quelque chose? - R. Environ un quart d'heure après, ou peut-être moins, il posa le billet et a dit qu'il voulait 5 livres sur lui.

Q. Quelle autre profession avez-vous en plus d'être un joueur ? - Quels sont les autres moyens de subsistance avez-vous ? - R. Je suis agent à un Monsieur de Birmingham, M. Betts, in the plared line. (non traduisible)

Q. En plus d'agir en tant que personne importante dans une maison de jeu, n'aviez-vous pas à ce moment une maison de jeu ? - R. Je l'ai eu pour une quinzaine de jours.

Q. Où était-ce? - R. Au n ° 34, Jermyn-street.

Q. Si ce n'est pas impertinent, je vais vous demander si vous avez visité l'une des prisons de la métropole - avez-vous été dans l'une d'elles ? - R. Je dois dire une fois, je ne le nie pas.

Q. Combien de fois ? - R. Une seule fois.


Q. Quelle était alors la charge contre vous? - R. Comme témoignage.

Q. Quoi ? vous vous êtes transformé en cerf (*), vous étiez témoin à charge dans ce cas ? - R. Contre une personne qui avait volé le courrier.

Q. Quoi ? le courrier de Rotherham? - R. Oui.

Q. Vous n'êtes jamais allé dans une autre prison ? - R. Non, et j'espère n'y jamais aller.

M. Knowlys. Q. Vous dites que vous n'avez reçu aucun autre billet de 30L que celui-là ? - R. Aucun autre.

Q. Si vous aviez été donné un billet que vous soupçonniez, auriez-vous mis votre propre nom sur lui? - R. Non, je ne l'aurai pas fait.

Q. Lorsque le prisonnier a dit qu'il voulait 5L. sur ce billet, vous a-t-il parlé en anglais ou en français? - R. Il m'a demandé de le changer en anglais.

Q. Quand il a proposé ses paris, était-ce en français ou en anglais? - R. Dans un anglais approximatif.

NATHANIEL LOARINGG, assermenté. - Interrogé par M. Giles. Je suis le commis du solliciteur de la Banque.

Q. Étiez-vous présent lorsque le détenu a été arrêté ? - R. Je l'ai vu dans un cabaret près de Leicester-fields, je pense qu'il s'appelle Sydney's-alley, j'ai compris qu'il avait été pris environ une heure avant.

Q. Qui étaient alors présents ? - R. Townsend et Carpmeal, deux officiers de Bow-street, avec deux hommes que M. Shaw avait employés, qui connaissaient cette personne.

Q. Lui avez-vous posé des questions ? ou une personne présente l'a fait en relation avec ce billet ? - R. Aucune.

Q. A-t-il dit où il l'a obtenu ? - R. Non, jusqu'à ce qu'il aille voir le magistrat. J'ai interpellé une calèche et je suis allé avec l'agent à son logement.

Q. L'avez-vous entendu donner une explication au magistrat ?

M. Gurney. Q. Est-ce que l'explication qu'il a donnée à Bow-street a été prise pas écrit ? - R. Je n'y étais pas.

Q. Êtes-vous sûr de cela ? - R. Oui.

Q. Avez-vous, à ce moment-là, réfléchi afin d'être en mesure ensuite de dire si c'était le cas ? - R. Je compris ainsi.

Q. Avez-vous, à ce moment-là, observé le fait en vue d'apporter la preuve plus tard ? - R. Je ne fis aucune attention particulière à cela, dans le but de témoigner, mais je n'ai pas remarqué qu'il y avait une déposition notée par écrit.

Q. Mais si c'était oui ou non, vous ne pouvez pas dire ? - R. Je crois vraiment que rien n'a été noté ; lorsque nous sommes arrivés devant le magistrat, le billet lui a été donné, et lui a demandé comment il est venu sa possession ; le magistrat lui a demandé s'il connaissait le billet, il a répondu que oui ; le magistrat lui a demandé de nouveau la même question, deux ou trois fois, et il a dit oui, il le savait parfaitement ; il a dit qu'il avait trouvé tous les deux avec un billet de 20L, en soirée, je pense, à Leicester-square, plié dans une feuille de papier. On lui a demandé quel papier et comment était-il plié, il pris une feuille de papier qui fut sur la table et la plia décrivant au magistrat comment les billets étaient pliés. On lui a demandé si c'était bien le fait qu'il avait déclaré, il a dit que certainement.

Q. A-t-il dit ce qu'il avait fait avec eux ? - R. Il a dit qu'il les avait mis dans sa poche, qu'il n'avait jamais dit à quiconque qu'il avait trouvé des billets.

Q. A-t-il dit comment il s'était débarrassé d'eux ? - R. On lui a demandé s'il ne les avaient pas émis il à table de jeu de Shaw, et le mettre hors de là, et il dit oui ; ensuite il lui a été demandé ce qu'il avait fait avec l'autre billet de 20L., il a dit qu'il l'avait passé dans une maison de jeu tenue par un Robinson, dans Sussolk-street, Charing-cross. On lui a demandé comment il a obtenu son gagne-pain, il a dit qu'il a reçu une indemnité journalière de l'un des comités nommés par le gouvernement pour l'assistance des émigrés français. Je ne me souviens pas s'il s'est passé autre chose à ce moment là.

Q. Quand l'avez-vous revu là-bas ? - R. Je crois que c'était le 27 décembre, il a été amené à Bow-street, pour un examen plus approfondi.

M. Gurney. Q. Est-ce que le deuxième examen a été pris par écrit ? - R. Non, il a ensuite été à nouveau interrogé pour savoir comment il a obtenu ce billet de 30L.. Il a dit qu'il avait reçu de son frère à l'étranger, dans une lettre, je crois qu'il a dit d'Altona, je ne suis pas certain ; ils ont été enfermés dans une lettre, qui, dit-il, était dans ses papiers que j'ai pris à son logement ; le magistrat lui a demandé comment il est venu donner une autre explication que celle qu'il a donnée à l'examen précédent, et il ne fit aucune réponse.

M. Giles. Q. Avez-vous, parmi les documents trouvés dans son logement, découvert une lettre ? - R. Suite a ce qu'il a dit, M. Winter m'a dirigé à prendre tout ses papiers pour les amener à Newgate, ce que j'ai fait, et lui demanda, s'il le pouvait, déclarer si la lettre était parmi ces documents ; il les regarda, et a trouvé l'enveloppe faite d'une demi-feuille de papier à lettre, que je tiens maintenant dans ma main, dont il a souligné qu'elle était dans le même état dans laquelle je l'ai trouvée. Le jour où il a été emmené pour un deuxième examen, je crois que c'était le 27 décembre, je lui montra une lettre pliée et je lui ai demandé s'il connaissait l'écriture de l'enveloppe, il a dit que oui ; je lui ai demandé si c'était l'écriture de son frère, il a dit oui ; il l'ouvrit et lu une partie de celle-ci, il a regardé la dernière partie de la lettre, et une seconde fois on lui a demandé si c'était l'écriture de son frère, puis il a dit qu'il ne savait pas qui l'avait écrite, et se mit à pleurer ; il avait lu une autre partie de celle-la, il n'avait pas lu l'ensemble.

Q. De qui avez-vous reçu cette lettre ? - R. Je l'ai reçue ouverte de M. Winter, et quand je l'ai eu il y avait un billet de 25L. ; je n'ai pas montré le billet au prisonnier, il ne savait rien du tout à propos de ça.

Contre-interrogatoire par M. Gurney. Q. Vous dites, quand il a été emmené au bureau de Bow-Street, il a été demandé s'il connaissait  le billet de 30L. ? - R. Oui.

Q. À ce moment, je présume, qu'il se tenait à la barre ? - R. Nous étions dans une salle privée à l'étage et il était assis à la même table que le magistrat, à côté du greffier et M. Winter.

Q. Lorsque le billet lui a été montré, il dit instantanément que oui il le connaissait ? - R. Oui.

Q. Il a répondu qu'il le savait avant qu'il l'eut pris dans sa propre main pour l'examiner? - R. Oui.

Q. Bien sûr, il n'avait pas à ce moment-là examiné le montant du billet, et tous les détails le concernant ? - R. Il ne l'avait pas encore, mais on le lui a donné, et il le regarda et le tourna deux ou trois fois.

Q. Est-ce toutes ces questions ont été posées en anglais ou en français ? - R. En anglais, et il a répondu en anglais, il parle très bien l'anglais, sinon je ne l'aurais pas compris.

Q. Au moment où il a été appréhendé, et examiné une première fois, je n'ai guère besoin de vous demandez, il est un étranger, s'il n'était pas dans un certain degré d'énervement ? - R. Il l'était certainement quand je l'ai vu dans le cabaret, quand il a été arrêté, il était certainement agité, mais je ne le voyais du tout comme cela devant le magistrat.

M. Giles. Q. Après l'avoir tourné plusieurs fois, a-t-il donné la même explication à propos de celle-ci ? - R. Oui.

JOHN RIVETT assermenté. - Interrogé par M. Fielding. Je suis un officier à Bow-street.

Q. Avez-vous examiné une maison dans Wardour-street, le logement du prisonnier ? - R. Le 9 Décembre, il y avait une une personne qui gardait la maison où le prisonnier restait, envoyé par l'officier, je suis allé en conséquence, son nom est Vanderhouse.

Q. Lorsque vous êtes arrivé à la maison, qu'est-ce que vous y avez trouvé ? - R. Elle m'a donné une lettre.

Q. Comme celle-la ? - R. C'est la lettre que j'ai reçue de la femme.

Q. Quand vous avez reçu cette lettre, qu'avez-vous fait ? - R. Je l'ai prise pour M. Winter, qui lui l'a ouverte en ma présence, elle contenait un billet de banque de 25L.

Q. Comme ce billet ? - R. C'est le billet, comme je l'ai indiqué. J'ai laissé la lettre et le billet à Winter ; c'est tout ce que je sais de ça.

Contre-interrogatoire par M. Knapp. Q. Vous ne connaissiez pas avant le prisonnier à la barre ? - R. Non.

Q. Vous ne saviez pas non plus qu'il s'agissait de son logement, sauf à partir des informations d'autres personnes ? - R. Certainement pas.

Q. Et ça ne l'était pas ainsi jusqu'à ce que le prisonnier soit mis en garde à vue ? - R. Non

Q. Par conséquent, le prisonnier n'avait jamais eu le billet ? - R. Je ne peux pas le dire.

Q. Combien de temps est-ce arrivé après qu'il ait été arrêté? - A. Ça pourrait être entre cinq et six semaines.

WINTER assermenté. - Interrogé par M. Fielding. Q. Est-ce que c'est la lettre que vous avez reçue de Rivett contenant le billet de 25L. ? - R. Oui.

Q. Et est-ce que c'est la la lettre que vous avez donnée dans les mains de votre greffier, M. Loaring? - R. Oui.

M. Giles. (Pour Loaring.) Q. Vous avez dit que vous avez trouvé des documents que vous avez montré par la suite au prisonnier, à Newgate ? - R. Oui.

Q. Où avez-vous trouvé ces documents ? - R. À son logement, au n ° 10, Wardour-street. Je suis allé là-bas, quand il a été appréhendé, avec des officiers; il nous a emmenés dans une pièce et il nous a montrés tout ce qui se trouvait là.

M. Fielding. (Pour Rivett.) Q. La maison au n ° 10 où vous êtes allé, est-ce là que vous l'avez eue ? - R. Oui, c'est vrai.

M. Fielding. Maintenant, mon Seigneur, je veux vous montrer cette lettre comme preuve - (Ici M. Knapp a soutenu la non recevabilité de la lettre, le prisonnier ayant fait six semaines de détention avant d'être trouvé, et qu'il y ait aucune admission du contenu de la lettre, mais l'adresse est une preuve).

M. Gurney (du même côté). Mon Seigneur, je me souviens qu'il y avait des documents présentés en preuve devant cette Cour sur les jugements de M. Hardy, M. Tooke, et M. Thelwall, pour haute trahison, qui semblaient avoir été trouvés quelques jours après l'arrestation des prisonniers, et s'ils étaient en mesure de prouver l'écriture de personnes liées à l'accusation du conspiration et dont l'écriture qu'ils avaient prouvé au cours de ces jugements, mais, comme ils ont été découverts qu'après qu'ils ont été appréhendés, ces documents ont été rejetée, pour cette raison, que les documents ne se révèlent pas avoir existé avant leur arrestation, pourraient ne pas les accuser. - Pour l'appliquer à la présente affaire, je me demande comment il est possible de dire qu'une lettre qui soit arrivée quelques semaines après que le prisonnier soit appréhendé puisse l'affecter ? Votre Seigneurie voit qu'il ne faut pas chercher à influencer sur le prisonnier, par tout acte de sa part, ou de toute personne en relation avec lui dans la conspiration, mais l'acte d'une personne résidant dans un pays étranger.

M. le juge Ashburst. Je regarde, ce n'est pas une chose impossible qu'une lettre arrive après qu'un homme soit arrêté et mis en garde à vue, c'est peut-être une bonne preuve, selon la forme dans laquelle elle est mise ; quant à ce qui peut être le cas en l'espèce, je ne sais pas ce que pense la défense du prisonnier, mais ce que je sais, il y a une lettre qui lui est adressée, qui, par cette possibilité peut jeter la lumière sur le sujet ; cette lettre lui arrive par la poste, on l'a lui montre, et il dit qu'il connait l'écriture ; Je ne vois pas pourquoi cela ne devrait pas être reçu.

Le juge Rooke. En supposant qu'une lettre soit envoyée après que l'homme soit en garde à vue, qui soit adressée à cette personne, vous avez un doute que cette lettre ne serait pas une bonne preuve, et où est la différence ? (La lettre et le bille la Banque sont montrés).

ELIAS BUZAGLO assermenté. - Interrogé par M. Fielding. Q. Regardez ce document, c'est votre traduction de la lettre écrite en français ? - R. Oui.

Q. Est-ce une traduction fidèle ? - R. Pour autant que je suis compétent ; et j'ai juré très souvent sur mes traductions devant le Monsieur le Maire et d'autres juges. (elle est lue).

Adressée à Mons. Huet, Wardour-street, n ° 10, Oxford-Road, Londres, daté d'Altona le 22 novembre 1797.

" Je suis désolé pour vous et pour moi-même que vous avez rencontré un mauvais succès dans l'affaire dont je vous ai chargée. J'ai quand même espéré que cela me procure quelques secours, c'est fait, n'en parlons plus. Dites-moi, alors, pourquoi ils ont donné 5L. sterling à votre ami, ayant trouvé qu'ils sont sans valeur et pour lequel il n'avait pas de droit ni rien à réclamer. Je vous avoue que tout cela me semble très extraordinaire. Je n'ai pas de telles marchandises que vous me demandez. J'ai maintenant une quantité restante assez importante dont vous avez eu des échantillons, je crois qu'il est en fait impossible de s'en débarrasser maintenant, ce n'est que quelques-uns des plus adroits, qui, lorsqu'ils ont de bonnes marchandises, on peut essayer de faire un bon coup, d'ailleurs, je ne vais pas les acheter sauf avec de l'argent, je suis pressé, j'ai dépensé toutes mes ressources, je suis dans le besoin, je n'ai de nouvelles de personne, je ne sais pas comment agir, ou ce qu'il adviendra de moi. Si M. Duberdour est à Londres, vous ferez bien de prendre de lui prendre ce que j'ai acheté pour vous et en votre nom à Bruxelles. Connaissez-vous un M. Bray qui est accusé par le gouvernement de la police des affaires étrangères ? Ce monsieur est d'Angolene; il est le fils d'un boulanger, il est le beau-frère de Loton, le procureur. Je l'ai souvent vu à Bruxelles, si vous pouvez le voir, et vous lui demandiez son adresse ; s'il recherche une personne, je pourrais être employé au Tennis Court, comme mon compatriote, ça pourrait m'être utile, peut-être. Je suis dans une telle misère qu'il n'y a rien que je n'entreprendrai pas, mais même si je suis convaincu que vous n'avez pas agi sincèrement vers moi, j'ai le sentiment d'avoir été dupé par vous. Vous trouverez ci-joint un billet de vingt-cinq livres. Rappelez-vous - soyez très prudent et avisé dans votre conduite, ne vous exposez pas à tirer le meilleur parti de celui-ci, quelle que soit votre situation, mais n'oubliez pas que je suis très malheureux et continuer à m'envoyer quelque chose. Prouvez-moi que vous avez le désir de me rendre service. J'espère que vous ne serez pas indisposé à la réception de ma lettre et que vous allez me répondre aussi rapidement que possible. ".

JAMES PRETTY assermenté. - Interrogatoire par M. Knowlys. Q. Vous êtes l'un des employés qui signent des billets pour le Gouverneur et la Compagnie de la Banque d'Angleterre? - R. Oui.

Q. Regardez ce billet, et dites-moi si ce billet porte signature? - R. Non.

Q. Pensez-vous que c'est un faux billet de banque ? - R. Oui je le crois.

Q. Y a-t-il un autre James Pretty qui soit autorisé à signer les billets pour le Gouverneur et la Compagnie de la Banque d'Angleterre ? - R. Non, il n'y en a pas. Je n'ai signé aucun billet à cette date pour cette somme.

GILES COLINS assermenté. - Interrogatoire par M. Giles. Je suis un caissier de la Banque.

Q. Regardez la signature de ce billet et dites-moi si c'est votre écriture ? - R. Ce n'est pas mon écriture, ni je n'ai signé aucun billet de cette somme à cette date. Je crois que c'est un faux.

Q. Êtes-vous en mesure d'affirmer, après examen, que ce soit un faux ou pas? - R. Il l'est certainement. (Il l'examine).

N ° 7135. n ° 7135.

1796, la Banque, le 16 février 1796.

Je promets de payer à M. Newland, ou au porteur, sur demande, la somme de 30L.. Londres, 16e jour de Fev 1796, pour le Gouverneur et Compagnie de la Banque d'Angleterre. J. Pretty.

£. 30 Entré S. Fatt.

Pour le prisonnier.

JANE GIBSON assermentée. - Interrogé par M. Gurney. Je vis au n ° 9, Little Titchfield-street.

Q. Est-ce que M. Huet, le prisonnier, loge chez vous ? - R. Oui.

Q. Depuis quel moment loge-t-il chez vous ? - R. Il est venu habiter chez moi peu de temps après qu' il soit venu de Quiberon, je ne peux pas dire le moment; il a habité chez moi une semaine.

Q. Habitait-il chez vous après cela ? - R. Non

Q. Est-ce que des lettres étaient laissées à la maison pour lui ? - R. Oui, une lettre, au mieux de ma connaissance, le 24 octobre dernier, elle est arrivée par la poste générale.

Q. Est-ce la lettre avait l'apparence d'être enveloppée ? - R. Oui.

Q. Avez-vous transmis cette lettre à M. Huet ? - R. Je l'ai fait.

Q. Avez-vous reçu plus d'une pour lui ? - R. Non

Q. Avez-vous vu la lettre ouverte par M. Huet ? - R. Oui, il a l'ouverte dans le petit salon. Quand il l'ouvrit, il me semble qu'il sorti deux billets de banque, et dit que son frère lui avait envoyé un certain secours.

Q. Vous n'avez pas le montant de ces billets ? - R. Non

Q. Depuis combien de temps connaissiez-vous Huet ? - R. Au moins trois ans.

Q. Pendant le temps que vous l'avez connu, avait-il un caractère honnête ? - R. Il aurait eu de nombreuses possibilités s'il eut été malhonnête envers moi, comme de me voler. Je l'ai toujours trouvé très honnête.

Q. Dans quel mode de vie vit-il ? - R. Dans l'enseignement.

Contre-interrogatoire par M. Fielding. - Q. Quand était-ce ? - R. Le 24 Octobre.

Q. Vous a-t-il dit où il est allait habité après qu'il vous a quitté ? - R. Oui, le premier logement qu'il avait, après qu'il m'a laissée, était à Well-street.

Q. Le connaissiez-vous quand il habitait Wardour-street ? - R. Je ne le voyais pas si souvent après qu'il s'est installé à Wardour-street.

PELLET DAYNES (un étranger) assermenté. - Q. Connaissez-vous M. Huet ? - R. Oui.

Q. Vous souvenez-vous s'il vous a contacté en octobre dernier ? - R. Il m'a contacté au mois de novembre dernier, je ne sais pas le jour.

Q. Êtes-vous sûr que c'était en novembre? - R. Je ne peux pas dire, peut-être décembre.

Q. Vous souvenez-vous s'il présenta une lettre qu'il a reçue ? - R. Oui.

Q. Est-ce qu'il vous a dit de qui il avait reçu cette lettre? - R. De son frère de Hambourg.

Q. Vous a-t-il dit ce que contenait cette lettre ? - R. Il a dit qu'elle contenait deux billets.

Q. Avez-vous reçu l'un de ces billets ? - R. Un.

Q. Quelle était la valeur du que vous avez reçu de lui ? - R. Il m'a dit que c'était un 30L.

Q. Dans quel but vous a-t-il donner ce billet ? - R. Par crainte de le perdre.

Contre-interrogatoire par M. Fielding. Q. L'avez-vous encore ? - R. Non

Q. Où habitez-vous ? - R. À Ediot's-row, St George-champs, au n ° 7.

Q. Quel est le nom du propriétaire de la maison ? - R. Je ne me souviens pas exactement.

Q. Y a-t-il des compatriotes qui y vivent ? - R. Deux.

Q. Quels sont leur nom ? - R. Mons. Dobrée et Mons. Londy.

GEORGE SKINNER assermenté. - Interrogé par M. Knapp. Je vis au n ° 42, Castle-street, Oxford-market. Je suis un chirurgien appartenant à la Corporation de Londres.

Q. Connaissez-vous le prisonnier à la barre ? - R. Parfaitement.

Q. Depuis combien de temps le connaissez-vous ? - R. Au moins trois ans.

Q. A-t-il un eu un caractère honnête pendant ce temps ? - R. Je n'ai jamais entendu quelque chose de contraire dans son comportement d'honnête homme. Il a enseigné la langue française.

PETER VINCENT assermenté. - Je vis au n ° 6, Tottenham Court Road.

Q. Que faites-vous ? - R. Je suis un membre du clergé français. Je connais le prisonnier depuis huit ans, il a un très bon caractère.

Sentence : COUPABLE - Peine de mort.

(Âgé de 33 ans)

Mise en circulation de faux billet, et le sachant. 

Jugé par le deuxième jury de Middlesex, devant le juge Ashurst.


Le jury a reconnu le prisonnier coupable d'utilisation de faux billets et donc punissable à la peine capitale. Les journaux s'empressent d'annoncer au public le sort qui lui est réservé.

 

Staffordshire Advertiser - 24 février 1798 

 

L'affaire a été malgré tout sauvée par l'opinion des douze juges. Les juges, dit-on, étaient d'avis à ce que la lettre n'aurait pas due être reçue en preuve. La déclaration de cet avis n'a jamais été annoncée publiquement, le prisonnier a reçu un pardon et a été libéré de la prison de Newgate 7.

Compte-rendu des peines de Old Bailey, le 14 Février 1798 9.

Les séances étant terminées, la Cour a statué comme suit :

Peine de mort reçues - 6.

William Graves, Charles Frewin, George Bowers, Hezekiah Swaine, Thomas Hunter, Peter Dekclerk.

Transporté pour 14 ans - 1.

John Archer.

Transporté pour 7 ans - 10.

Thomas Radford, Thomas Williams, James Ayres, William Sibley, Francis Chevalier, Henry Griffiths, Robert Young, William Watson, John Hayward, Sarah Turner.

Confiné douze mois en maison de correction et amende de 1 Shilling. - 2.

Mary Ironmonger, Daniel Carty.

Confiné six mois en maison de correction et fouetté en privé. - 2.

Ann Fuller, Catherine Hughes .

Confiné douze mois en maison de correction et fouetté en privé. - 1.

Ann Baylis.

Confiné six mois en maison de correction et fouetté en publique. - 1.

James Fretter .

Confiné six mois en maison de correction et amende de 1 Shilling. - 8.

Elizabeth Green, Francis Fudge, Thomas- Brown Thurgood, John Lloyd, William Chantler, John Woodey, William Calling, William Ingram.

Fouetté en publique et relâché. - 4.

Orlando Callendar, Philip Bramley, Thomas Best, Thomas Whitney.

Fouetté en privé et relâché. - 1.

Charles Collins.

Confiné six mois à Newgate et caution pour six mois de plus. - 1.

John Franks.

Confiné six mois à Newgate et fouetté en publique. - 1.

John Higgins.

Confiné une semaine à Newgate. - 1.

Thomas Lee.

Sursis. - 3.

James Ritchie, John Upton, Bernard Huet.

 

Enregistrement de prisonniers de la prison de Newgate 10

Death - Pardoned Free 1st May 1798

 

 

(*)  "Vous vous êtes transformé en cerf  " : le document original en anglais dit "You turned stag". Cette expression n'a pas d'équivalent français, d'ailleurs cette expression semble avoir disparu de l'anglais moderne ! Le dictionnaire de la langue vulgaire (Grose 1811 Dictionary) donne comme signification : se retourner contre ses collègues, image d'un cerf pointant ses cornes contre le reste de la horde.

Sources :

- 1. Réimpression de Le Moniteur national.

- 2. Citation de Wikipedia tirée de l'article La bataille de Quiberon.

- 3. Le quotidien Staffordshire Advertiser du 26 Septembre 1795.

- 4. Linebaugh, Peter. The London Hanged: Crime and Civil Society in the Eighteenth Century. London: Allen Lane, Penguin Press. 1991. p. 28.

- 4. Archive de la Banque d'Angleterre ; Freshfields Prison Correspondence 1781-1840.

- 5. Guide to Commercial Knowledge. Chronicles of the Bank of England.

- 6. The British NEWSPAPER Archive.

- 7. The KING against Bernard Huet - Cases in Crown Law, Determined by the Twelve Judges, by the Court of King's bench, Volume 2.

- 8. Jugement de Bernard Huet à Old Bailey.

- 9. Compte-rendu des peines de Old Bailey,

- 10. Registres des criminels d’Angleterre et du Pays de Galles, 1791 à 1892.

 

   Et vous, avez-vous eu l'occasion de rencontrer un émigré français ?

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Facebook n'est pas une idée de Mark Zuckerberg

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Facebook n'est pas une idée de Mark Zuckerberg

 

 

Article paru dans le Western Times (Devon, Angleterre) le 30 avril 1902 :

The latest novelty for wiling the time in a country house is know as a "Face-book".
Everyone who comes to stay has to draw a face in the album, however badly,
and sign his name undernearth.  The result is very amusing, and the worst drawings
frequently cause the greatest entairtainment.

 Traduction :

La dernière nouveauté pour passer le temps dans une maison de campagne 1 est un "Livre-de-visages".
Tout le monde de passage doit dessiner un visage dans l'album, le plus mal possible, et signer son nom en dessous.
Le résultat est très amusant, et les pires dessins provoquent souvent le plus grand divertissement.

 

L'article est tiré de la colonne Woman's Chit-Chat - Over the Five o'clock Tea Table 2 (Papotage de femme pendant l'heure du goûter), précédé de celui concernant la reine et sa joie à monter les chevaux et de sa nouvelle chevelure bouclée, puis suivi d'autres articles mondains (La mode à Paris, Comment s'habiller pour une séance photo, etc).

Ce nouveau jeu de société amusant s'adresse donc aux dames et messieurs distingués de l'époque invités à une fête, un jeu à gribouiller leur visage puis de les signer dans le livre des visiteurs, permettant ainsi de les partager aux invités suivants qui sûrement apportent leurs commentaires.

Mark Zuckerberg 3 a peut-être eu connaissance de cet article lui donnant l'idée de créer un Facebook moderne car l'histoire semble se répéter !

 

I Like the Old Face-book

 

Notes :

1. Sous entendu la maison d'une famille riche ou aristocratique, ou maison secondaire pour aristocrates.

2. Le Five o'clock tea time : goûter anglais pris entre 16 heures et 17 heures, son histoire ici  (en anglais).

3. Mark Zuckerberg est le fondateur de Facebook.

 

Source : The British NEWSPAPER Archive  (requiert un abonnement).

 

  Et vous, sortez-vous votre "Face-book" lors d'une réception entre amis ?

 

ChallengeAZ 2014

Le ChallengeAZ 2014 est annoncé pour juin 2014, en patientant vous pouvez toujours aller lire les articles de celui de 2013, ou mes articles.

Que se passe-t-il en août ?

Ce sont les vacances !

GeneaBloggers

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