Hier c'est de l'histoire
Demain est un mystère
Aujourd'hui est un cadeau
C'est pourquoi on l'appelle Présent

Jdan Noritiov

 

XXX : Affaires de sexe en Nouvelle-France

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XXX : Affaires de sexe en Nouvelle-France

 Antonio Vivaldi - L'inverno Allegro
Interprète : Nigel Kennedy

 

Le sujet était tabou. Les premières femmes arrivées à la colonie étaient des femmes d'âge mûr, la plupart étaient déjà mariées ; d'autres étaient des filles de bonnes familles dont leur mariage était arrangé d'avance donc leur comportement était surveillé ; les bons mariages étaient visés comme un père présentant sa jeune fille au seigneur de la région ; des mariages rapides ou arrangement à l'amiable devant prévôt car la jeune fille était enceinte et non mariée.

Cause entre Marie-Anne Saint-Onge, fille du feu Simon Saint-Onge et de Marie-Geneviève Arcan, assistée de Jacques Perrault, son beau-frère, demanderesse; et Jacques Rollet père, et Joseph Rollet fils, habitant des Grondines, défendeurs, ledit fils présent assisté du sieur Decharnay, comparant aussi pour ledit père, la demanderesse étant enceinte dudit Joseph Rollet lequel refuse de l'épouser, ledit Joseph Rollet est condamné à 150 livres d'amende envers la demanderesse pour dommages et intérêts, en plus de payer les frais de gésine, de nourriture et de faire élever l'enfant dont la demanderesse accouchera jusqu'à ce qu'il soit en état de gagner sa vie, il est condamné aux dépens liquidés à 12 livres et 10 sols (cause en marges des pages 138v et 139) . - 20 avril 1753(Source BAnQ TL1,S11,SS1,D100,P857)

Le gouvernement en place fit déjà état au roi le 13 novembre 1685 de tout le libertinage en Nouvelle-France dans une lettre qui lui est adressée :

Lettre de Denonville au roi - le grand nombre d'enfants lui fait espérer le progrès de la colonie; voit dans les Canadiens "les prémisses d'un grand peuple"; multiplier les cures et entretenir des compagnies de jeunes Canadiens pour mieux instruire et discipliner la jeunesse et pour la retirer du libertinage; accorder une grosse abbaye à Mgr de Saint-Vallier; envoyer des secours pour humilier les Iroquois qui sont les pires ennemis de la colonie; tâchera de maintenir la bonne union entre tous ses sujets; ne sera intraitable qu'avec ceux qui s'acharneront à désobéir. (Source : Archives Canada-France - AFNOM COL C11A 7/fol.115-116v)

 

 

Notre bon Monseigneur de Saint-Vallier avait à son époque (en 1703) régit les lois curiales du mariage et la vie du couple enseigné pendant les cours de catéchèse, il alla aussi rédiger les commandements dans son livre Rituel du Diocèse de Québec, livre consacré au clergé de la Nouvelle-France, en énumérant les bonnes et les mauvaises actions :

Dans l'alinéa 4 des commandements :
Les maris doivent l'amour, la douceur.
Les femmes le respect, l'amour, la fidélité.

Dans l'alinéa 5 des commandements :
N'aimer pas le prochain.
Envie, Jalousie.
Mauvais désirs.

Dans l'alinéa 6 des commandements :
Pensée d'impureté.
Désirs.
Attouchements.
Songes.
Délectation.
Sensualitez.
Regards.
Actions deshonnêtes, impures.
Habits immodestes.
Nuditez.
Gorge découverte.
Amour des plaisirs, amour de soy-même, de son corps, de ses aises.

(Open Library - Source : Rituel du Diocèse de Québec Page 415


Les jeunes filles étaient envoyées au couvent pour leur éducation à Québec, Montréal (Ville-Marie) ou Trois-Rivières, elles recevaient une éducation chrétienne, de bonne conduite, de bonne séance et de future mère de famille : faites des enfants au nom de Dieu, mais le message était surtout de peupler ce pays au plus vite...

Au début de la colonie, il y a deux fois plus de femmes que d'hommes (voir le recensement de 1666), la gente féminine avait alors le contrôle sur leur futur prétendant, la gente masculine avait fort à faire et jouer de leur séduction. Une fois mariée, elle dépendait entièrement de son mari.

Les premières déviances à la bonne conduite sont les cas de séduction, d'adultère, de rapt et de viol. Ils sont rapportés à la prévôté et elle donne la sentence instantanément. Ces cas étaient tous jugés de la même façon comme s'il n'y avait pas de discernement entre séduction et viol.

Procès entre Elisabeth Campeau, fille d'Étienne et de Catherine Paulo, plaignante, et Nicolas Lemoine, sieur de Leau, accusé de séduction de mineure. - 17 mars 1701 (Source BAnQ TL4,S1,D399)

Procès contre Anne Charlotte Leroux, femme de Michel Leblond dit Lepicard, accusée, pour adultère. - 10 mai 1695 - 20 mai 1695 (Source : BAnQ TL4,S1,D113)

Cause entre Michel Bouchard, cabaretier de Québec, demandeur, et Jean Gagnon, défendeur, lequel est accusé d'avoir abusé de Marguerite Bouchard (viol), fille dudit demandeur, de l'avoir mise enceinte et de lui avoir fait prendre quelque chose pour lui faire perdre l'enfant ; ledit Gagnon est condamné à prendre l'enfant à sa naissance pour l'entretenir et le faire élever en la religion catholique, apostolique et romaine, et ce, jusqu'à ce qu'il soit en âge de gagner sa vie, et devra en outre lui apprendre un métier, et est en outre condamné à payer 100 sols à l'Hôpital Général, et 100 livres de dommages audit demandeur, laquelle somme devra être remise à ladite Bouchard pour qu'elle se marie. - 14 novembre 1693 (Source TL1,S11,SS1,D24,P7)

Procès entre Marie-Anne Campeau, mineure, plaignante, et Michel Lecours, accusé de rapt et séduction. - 13 mai 1755 - 22 janvier 1756 (Source BAnQ TL4,S1,D6022)

Procès entre Marie Gauthier, femme d'Alexandre Turpin, plaignante, et François Brunet dit Bourbonnais, fils d'Antoine, accusé de séduction et d'avoir mis enceinte la plaignante. - 18 février 1704 (Source : BAnQ TL4,S1,D747)

Il y a parfois des accusations qui s'avèrent être fausses, car la plaignante, ici Marie Chauvet, avait déclarée avoir été violée, mais au deuxième interrogatoire elle était plus que consentante !

Le 2 janvier 1669, Pierre Vivier, 31 ans, et son beau-frère Étienne Roy, 28 ans, deux habitants de Charlesbourg, sont accusés d'avoir violé une voisine, Marie Chauvet, femme de Pierre Fayon dit VilleFayen. Selon les premiers témoins, il n'y a pas viol mais plutôt adultère, puisque Marie Chauvet s'est donnée à ses "violeurs". Quand l'aventure arrive aux oreilles du mari, l'épouse parle alors de viol pour sauver sa réputation. Personne n'est dupe de ce stratagème attendu "Qu'il n'y a aucune violence de la part du dict Vivier" Ceci établi, le tribunal " Déclare que les dicts Pierre Vivier, Étienne Roy et Marie Chauvet duement atteints et convaincus de crime d'adultaire".

La sentence est la suivante "La dicte Chauvet a estre razee et battue de verges par les carrefours ordinaires de cette ville, et ensuite enfermée dans vn lieu seur pour y demeurer. En fournissant par le dict Fayon sa nourriture, si mieux il n'ayme la reprendre avec luy ; Et les dicts Vivier et Roy a tenir pendant huit jours prison les fers aux pieds et au pain et a l'eau, en quinze livres chacun de dommage et interest envers le dict Fayon et en dix livres d'amende chacun applicable à l'hospital de cette ville et à tenir prison jusqu'au payement d'icelle". (Source : BAnQ TP1,S28,P624)

 

 

L'arrivée des militaires (1665) allait apporté aussi son lot d'affaires sexuelles, l'affaire de Marguerite Ratier est sans doute la plus connue de toute la colonie, Marguerite est la fille du bourreau de Québec et elle était connue pour avoir un comportement hors norme pour l'époque :

Interrogatoire de Marguerite Rattier (Ratier), 26 ans, femme de Gabriel Montvillain dit Bonnefoy, native des Trois-Rivières, demeurant chez Jean Rattier son père, dans une redoute proche la porte Saint-Jean (Québec), accusée d'avoir donné des rendez-vous aux soldats, de s'être enivrée et avoir fait de la débauche (prostitution). - 26 juin 1698 (Source : BAnQ TL5,D268)

 Un cas de maison de débauche est enregistré à la prévôté de Québec :

Arrêt ordonnant information dans le procès criminel de Marguerite Leboeuf, femme de Gabriel Lemieux accusée d'impudicité et de produire dans sa maison des femmes et des filles, laissant au soins du mari et femme de décider de celui d'adultère. - 26 avril 1667(Source BAnQ TP1,S28,P466)

Les archives de la prévôté donnent quelques 150 cas de libertinage impliquant près de 400 individus, ce nombre est important si on le compare à la population de la Nouvelle-France de l'époque qui n'a que quelques milliers d'individus !

Une étude réalisée par Robert-Lionel Séguin (édition Leméac, 1972) est compilée dans en deux tomes : La vie libertine en Nouvelle-France au dix-septième siècle.

Livre à lire portant sur le sujet : Une libertine en Nouvelle-France Par Sylvie Ouellette :

Parmi les ancêtres de Chloé, il y a Abraham Martin dit l'Écossais qui a été jeté en prison le 15 février 1649 pour avoir abusé d'une jeune fille de Québec.

  Et vous, avez-vous rencontré des affaires de sexe dans votre généalogie ?

 

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Commentaires   

 
0#Hervé12-05-2013 17:42
Citation en provenance du commentaire précédent de Marine POMMEREAU :
Super article Hervé ! Très intéressant et très complet ! Merci !
Merci Marine !
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0#Marine POMMEREAU12-05-2013 17:25
Super article Hervé ! Très intéressant et très complet ! Merci !
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0#Hervé12-05-2013 14:29
Citation en provenance du commentaire précédent de Odile :
Eh bien , 2 tomes entiers sur la vie libertine, quelle histoire :-)

Je me disais, en lisant les différentes jugements, que même à cette époque, la "Nouvelle France" était bien plus modérée que l'ancienne !... jusqu'au jugement de Marie Chauvet ...
C'est curieux ce patronyme "Saint-onge", il me rappelle celui que j'ai rencontré à Villechétive, dans l'Yonne "Saint-Ange", ou faut-il y voir "Saintonge" plus simplement ?
Je n'ai pas vu d'affaires de ce genre pour le moment dans mes recherches, mais je présume que parmi tous les enfants naturels dont j'ai parlé à la lettre I comme inconnu,http://cerisiersdelaube.blogspot.fr/2013/04/i-comme-inconnu_10.html certains sont peut-être les fruits de telles débordements...
Bonjour Odile, oui en effet, 2 ouvrages pour mois de 5000 habitants c'est beaucoup toute proportions gardées, il faut savoir que le pouvoir correctionnel n'était pas encore uniformisé, plus tard est arrivée la prévôté qui faisait office de police !
Les Ste-Onge, Sainte-Onge ou Saintonge ont plusieurs et mêmes origines : les DITS "Saint-Onge" viennent de la région Saintonge. Il y a plusieurs écritures : Ste-Onge et Saintonge, mais cela ne veut pas dire qu'ils ont le même ancêtre, mais des ancêtre de la même région. Saint-Ange me parait un peu plus compliqué, as-tu trouvé l'origine ?

Hervé
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0#Odile11-05-2013 12:33
Eh bien , 2 tomes entiers sur la vie libertine, quelle histoire :-)

Je me disais, en lisant les différentes jugements, que même à cette époque, la "Nouvelle France" était bien plus modérée que l'ancienne !... jusqu'au jugement de Marie Chauvet ...
C'est curieux ce patronyme "Saint-onge", il me rappelle celui que j'ai rencontré à Villechétive, dans l'Yonne "Saint-Ange", ou faut-il y voir "Saintonge" plus simplement ?
Je n'ai pas vu d'affaires de ce genre pour le moment dans mes recherches, mais je présume que parmi tous les enfants naturels dont j'ai parlé à la lettre I comme inconnu,http://cerisiersdelaube.blogspot.fr/2013/04/i-comme-inconnu_10.html certains sont peut-être les fruits de telles débordements...
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